Elle avait comme nulle autre mis en paroles Miles, Monk et Strayhorn, fourni à Jazz Magazine l’une de ses plus belles couvertures.
Cet album que l’on n’attendait plus
– cinq chansons dont elle a composé les couplets – témoigne qu’elle n’a rien perdu de son charme et que son talent reste intact : articulation parfaite, ductilité d’une voix aux inflexions volontiers mutines, humour constant, autodérision.

Qu’elle chante l’amour, le temps qui passe ou la hantise du vieillissement, une originalité mise en valeur par les musiques signées Benoît de Mesmay, Michel Pérez et Célia Reggiani. Sans doute tout cela, dont l’attrait est incontestable, n’entretient-il avec le jazz que des rapports lointains, encore qu’on en retrouve çà et là, au détour d’un accompagnement, d’une introduction au piano ou dans le swing d’un phrasé, l’esprit sinon la lettre.

Quoi qu’il en soit, on aurait tort de bouder son plaisir : une telle qualité n’est pas si fréquente qu’on puisse se permettre de faire la fine bouche !

Jacques Aboucaya
Jazz Magazine
Rare, trop rare Elisabeth Caumont…
Car si la dame reste active sur scène, sa discographie n’est hélas pas abondante. Ici, pas de reprise, que des compos originales. Pourtant, la chanteuse avait su habiller de textes Monk, Parker et Corea, Weather Report et Strayhorn, et autres standards lors de la splendide rencontre avec Jimmy Rowles. Sur Préliminaires, elle met en paroles les notes de Benoît de Mesmay, Michel Pérez et Célia Reggiani, tous présents sur le disque, en compagnie de Médéric Bourgue. L’orientation est ici plus swinguante que purement respectueuse des idiomes du jazz. Mais la voix se pose toujours avec ce sens rythmique étonnant et cette qualité d’interprétation qui permet, par une « simple » modification de prononciation de voyelles, de passer d’un ton triste, anxieux ou désabusé à la joie. « Ah ça vraiment ! » passe ainsi d’une angoisse quant à un avenir artistique à l’assurance apportée par son compagnon, « Je t’ai tu m’as » est une belle déclaration, « Grâce matinée » renoue avec le blues ironique façon « Cafard et café noir », bref, sobrement accompagnée, la chanteuse nous touche.

J.-S. G.
Recording
Mais où était donc passée cette chanteuse magnifique en qui Les amateurs de jazz avaient placé tant d’espoirs ? Elle qui chantait « Donna Lee » de Charlie Parker sur un tempo lent avec des paroles françaises. Elle qui enchantait sur scène par son allure, sa beauté, ses gestes de velours. Elle dont la voix avait l’élégance de son attitude, la justesse de son regard ironique. Elle, Elisabeth Caumont, soustraite à nos désirs de musique jazz à la française qu’aucune chanteuse n’est venue combler après elle. Son détour par la chanson n’a-t-il abouti à rien de décisif ? Nous boudait-elle ? Nous craignait-elle ? Qu’elle sache que nous sommes nombreux à nous réjouir de son retour.

Michel Contat
Télérama
Lorsqu ’Elisabeth Caumont et son trio investissent la scène du Hot Club de Lyon, on a l’impression de voir débarquer une troupe de comédiens venant jouer une pièce en 2 actes, pardon en 2 sets, car nous sommes bien dans un caveau jazz
et non à l’Opéra.

Ces brillants musiciens multi-instrumentistes ne vont cesser de vous étonner tout au long de la soirée. Médéric Bourgue troque volontiers sa batterie pour un violoncelle, Alain Debiossat abandonne la guitare basse pour s’adonner  à la flûte ou au saxophone – il se lancera même dans une envolée digne d’un Coltrane.
Même le pianiste compositeur,
Benoit de Mesmay si discret derrière son clavier, va s’évertuer à jouer les choristes.

On connaît les deux passions d’Elisabeth Caumont : le chant, normal pour une vocaliste confirmée, et l’écriture, ses textes en français vous touchent droit au cœur. Mais je rajouterai aussi un penchant pour
la comédie ; lorsqu’elle mime ses chansons, elle fait revivre la belle époque de St Germain-des-Prés avec Juliette Gréco et bien d’autres artistes.
C’est toujours avec une pointe d’humour qu’elle évoque tous les malheurs qui nous guettent au cours d’une vie, comme la solitude, la pauvreté, la déchéance et, au final, la mort. En parallèle, il y a aussi les petits ennuis qui jalonnent notre existence et que l’on se doit de relativiser, tel ce petit foulard égaré qui va engendrer de fichus rendez-vous. Elle retrouve rapidement le bonheur et l’évasion lors d’un séjour au Cameroun, à Yaoundé où elle se réveille au son de la musique des griots. Logique, puisque le jazz puise ses racines dans les rythmes africains. Et puis, il y a aussi l’amour, le vrai, car il existe bien et l’on peut le rencontrer près de chez soi, au détour d’une allée de son  propre immeuble.

Les mélodies sont l’œuvre de Benoit de Mesmay ou de Michel Pérez, compositeur lyonnais reconnu, et aussi d’Aldo Romano. Elisabeth nous démontre que l’on peut s’exprimer dans la langue de Molière en respectant les structures musicales du jazz. Sa participation à la dernière édition du festival de Vienne témoigne bien d’une certaine maturité artistique.  Elle excelle également sur des airs bluesy ou latino, ainsi que sur des ballades accompagnées par un seul musicien, ce qui met en relief la dextérité de chacun et génère un silence profond dans l’assistance. Elle adopte une attitude poignante pour rendre un vibrant hommage à certains musiciens trop tôt disparus comme Chet Baker et cela vire à un appel à la résurrection ! malheureusement, je crains que son cri ne soit entendu…. Après deux rappels, le concert s’achève avec un standard de Cole Porter qui ravit les puristes, amateurs d’un jazz plus conventionnel.

Comment définir la musique d’Elisabeth Caumont ? Jazz, chanson à texte ou nouvelle scène française pour employer une expression chère aux médias actuels. Le public ne semble pas trop se poser ce genre de question. Il est simplement venu faire le plein de chaleur au cours de cette soirée du 28 janvier dernier. En quittant le Hot Club, il affrontera plus facilement la nuit hivernale en espérant que la charmante Elisabeth et son groupe reviendront prochainement dans notre ville qu’ils semblent apprécier.

Bernard Giroud
Jazz Notes
Le retour d’Elisabeth Caumont, enfin ! On se rend compte combien elle nous a manqué. Cette « vraie chanteuse de jazz » ne manque ni d’élégance, ni d’humour, ni de swing. Sur scène, Elisabeth rayonne. Ses chansons sont de véritables petits théâtres, des histoires, des voyages. Ne la manquez pas !…

Jean-Michel Proust
Nouvel Observateur